
Photo de Benoit Danieau
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Ce jour là, je dois dire que mon humeur était aussi maussade que le temps ! Le ciel Finistérien en plein mois de juin, était une fois de plus peu prometteur et l’envie de vacances en Corse me gagna soudainement et ne me quitta plus ! Mon mari, accroché comme un bernique à son rocher, prétexta mille raisons pour ne pas quitter sa campagne profonde : il avait entrepris des travaux dans la maison et voulait les finir ; avait à s’occuper du jardin ; il fallait caser le chien, le chat, la chèvre, les poissons rouges… Bref mille prétextes pour ne pas partir ! Cela eut sans doute le don de m’agacer et sur un coup de tête, c’était une première dans notre couple conjugale, déterminée , je décidai d'entreprendre seule ce voyage !
Malgré quelques appréhensions au moment du départ et quelques agacements sur le Ferry, vite oubliés tant le ciel devenait lumineux, l’arrivée à Ajaccio se fit sans problème et je pris donc place à la résidence des calanques, sous un soleil radieux ! Les jours passaient incroyablement vite ! L’île de beauté « un galet rose posé sur la méditerranée » (St Exupéry) portait magnifiquement bien son nom et j’étais sous le charme ! Baies, falaises crayeuses sculptées par les embruns, senteurs odorantes du maquis, offraient un bouquet de couleurs où s’harmonisaient le rosé graniteux de la roche avec le bleuté de la mer. Comme il avait eu tort de ne pas me suivre !
Au matin du quatrième jour, après avoir sillonné les petites plages sablonneuses du golf d’Ajaccio, et visité les villages et musées avoisinants, je pris la route de Bonifacio. La ville, chargée d’histoire, installée sur un promontoire rocheux de calcaire blanc, abritait dans ses moindres recoins, un patrimoine de trésors et vestiges culturels et architecturaux, hors du commun ! Des ruelles étroites, entièrement pavées, jalonnées de maisons très anciennes tout en hauteur conduisaient au sommet de la citadelle, offrant la vue d’une mer bleue turquoise, frappant avec volupté les pieds blanchis des gigantesques falaises. Vu d’en bas, la vision de ces maisons agglutinées au bord de parois érodés par la mer, était impressionnante !
L’après -midi, après avoir goûté aux spécialités locales du pays et écrit quelques cartes postale, je pris la direction du Port. Absorbée par l’animation qui régnait dans la rade et le ballet somptueux des voiliers et bateaux de plaisance se déployant majestueusement sur la mer, je ne vis pas le temps passer ! Le ciel en fin de journée, sans que j’y prenne garde, s’était assombri et il devenait urgent de reprendre la route !
Sur le chemin du retour, alors que le jour commençait à décliner, la pluie s’invita sans prévenir et ma voiture comble de tout, donna quelques signes de faiblesse, m’obligeant à m’arrêter dans un petit chemin de traverse ! A la pluie succéda, les averses de grêles, tambourinant avec véhémence et fracas sur ma Clio, auxquelles se rajoutèrent rapidement, les éclairs et grondements de plus en plus fréquents et déraisonnables de l’orage ! Ma voiture était définitivement en panne ! L’air devint soudainement lourd, oppressant et la nuit noire L’idée même de me hasarder seule dans la nuit, munie de ma torche, pour éventuellement trouver de l’aide, ne m’effleura pas, tant la peur me gagna. J’étais perdue au milieu de nulle part, à plus d’une cinquante kilomètres d’Ajaccio, avec un portable que j’avais omis de recharger et personne ne savait que j’étais là ! En plein scénario catastrophe, je me mis à imaginer le pire. Malgré l’angoisse, je pris néanmoins sur moi pour tenter de retrouver mon calme, me disant que les éléments allaient finir par se calmer, mais il n’en fût rien !
L'orage grondait de plus belle! L’oreille tendue, sursautant au moindre bruit, il me sembla au milieu de la nuit, percevoir une sorte de grognement sinistre, accompagné de piétinements et bruits de fond que je n’arrivais pas à identifier ! Scrutant l’horizon, dans la luminosité aveuglante des éclairs, je crus apercevoir alors à quelques centaines de mètre de moi, une silhouette informe, gesticulant dans tous les sens, qui se déployait dans les airs, au milieu d’ombres inquiétantes et diffuses ! Enfermée à double tour dans ma voiture, enfouie a demi sous mon siège, j’eus alors l’impression que ce magma de choses infâmes s’approchait de moi ! J’étais en plein psycho-serial- killer et attendais immobile l’inéluctable ! Quelle idiote j’avais été de m’être ainsi aventurée seule dans ce voyage, moi qui avais peur de tout et n’était pas fichu capable, on me l’avait assez répété, de changer une roue, de détecter la moindre panne ou pire encore de penser à recharger mon portable ! Ils allaient bien se marrer tous à la maison quand ils auraient vent de cette histoire, encore fallait-il que je puisse survivre à cette apothéose, pour la leur raconter !
Fort heureusement pour moi, rien de ce genre ne se passa ! Les ombres et bruits, sans doute objets de mes hallucinations, s’étaient dissipées et l’orage semblait lui aussi peu à peu se calmer ! Quelle idée et comme j’étais stupide ! Qui pouvait avoir idée de se balader en pleine nuit avec un temps pareil ! La raison par le fait se montra moins vacillante et refit peu à peu surface ! Le jour allait finir par se lever, Il me restait deux jours de vacances et cet incident n’allait pas tout gâcher !
M’enveloppant dans le sac de couchage que j’avais toujours sur la banquette arrière, l’orgueil à nouveau relevé, je pris donc le parti d’attendre patiemment et finis par m’assoupir ! Au lever du jour, un coq enroué à l’accent corse, suivi d’un tapotement sur le carreau de ma voiture, me sortirent instamment de mon demi -sommeil ! Une jeune femme vêtue d’un grand ciré à capuche, portant dans ses bras une sorte de jeune sanglier sauvage, se tenait devant moi !
- « Saluté ! Vous êtes en panne me lança t’elle ? Il me semblait bien avoir aperçu une voiture stationnée dans le chemin, quand je suis allée mettre mes moutons à l’abri cette nuit mais avec l’orage n'y voyant pas grand chose je n'ai pas voulu m'attarder ! Ne restez pas là, rentrez vous réchauffer ! N’ayez crainte rajouta t-elle, me voyant hésitante, Oscar est inoffensif !
Les formes, les ombres dans la nuit, c’était donc cela ! Le ridicule de la situation, malgré la honte qui me remontait aux joues, me fit quelque peu sourire mais je me gardai bien, au moment du récit, d’en faire la moindre allusion ! La surprise fût totale et le pourpre s’intensifia sur mon visage, quand je découvris, que Cathy, la jeune bergère, tenait en fait un gîte avec chambres d’hôtes, à deux pas de l’endroit où je m’étais arrêtée ! La panne s’avéra sans gravité ! Antone, son compagnon, avec gentillesse me la répara et je pus repartir.
Bien évidemment, mon mari ne sut jamais le détail de cette nuit là l Il constata juste, au regard de ce que je voulus bien lui raconter, que j’avais avec brio assuré, puisque revenu sans encombre au bercail, ce qui ne manqua pas tout de même de l’épater !
Chloé
Manettelink