Défi Mil et Une
Jusqu'au 13 août à midi
Nous vous proposons de participer à notre jeu d'écriture
Autant de fois qu’il vous plaira,
La seule contrainte étant que chaque titre contienne le nom d’une carte à jouer
L'as de Pique
Lucien, dit Lulu, ne ressemblait à personne. Il n'avait rien d'un africain même s'il avait les lèvres épaisses, pas plus qu'il n'était asiatique bien que ses yeux étaient bridés. Les cheveux en bataille, habillé à la va vite que j’te pousse avec son éternel pantalon à carreaux qui grandissait moins vite que lui et l’art et la manière de boutonner dimanche avec lundi, il avait l’air d’un as de pique. Que voulez vous, Lulu, il n’aimait pas la symétrie et à l’ordre préférait le désordre, les notes non alignées qui dansent sur la portée. Il voulait du grand air, des oiseaux, la cime des arbres…
Mais lulu, sans le savoir, faisait le désespoir des siens. Excédés par ce petit garçon qui décidément ne ressemblait à rien et ne rentrait dans rien, maîtres et maîtresses se mirent en tête de le changer, de l'éduquer, de le rendre plus conforme pour qu'il soit dans la norme.
Dans l'insouciance de ses huit ans, le pauvre gamin trouvait le monde des adultes bien compliqué. Qu'avaient donc tous ces grands à vouloir le mettre dans des cases, lui qui ne supportait ni les boites trop étroites, ni le rangement ? Il était lui, un point c’est tout et c’était là déjà beaucoup !
Pourquoi disait-on toujours de lui qu'il n'arriverait à rien ? Qu'il était cabochard, illettré et ignare ?
Bon soit, il n’aimait pas la symétrie et boudait les maths sans merci, mais c’était là son seul délit ! Et puis, comment aurait-il pu savoir quoi acheter avec 1 franc, lui qui n'avait jamais eu un sou en poche, même que sa mère lui disait toujours : "mon pauvre Lulu, tu es fagoté n’importe comment et quoi qu’on fasse « il te manquera toujours deux sous pour faire un franc »
L’histoire, celle des vieux ? Bah ! Il ne l’aimait pas non plus beaucoup ! Il la trouvait trop poussiéreuse : il faut dire que les coups de canons ça faisait quand même des sacrés trous dans le béton ! y’ avait qu’à lui parler des bleus ! Du cinéma du quartier, et là… Il en connaissait un rayon le Lulu, preuve qu’il n'était pas si bête !
Et La Fontaine ? Ah ça La Fontaine, c'était tout de même quelqu'un, même que son maître, il le disait ! Eh bien, lui, Lulu savait mieux que personne toutes les histoires de ce grand homme ! Celle du corbeau stupide qui se faisait piquer son fromage ; de la cigale rock star qui n'avait plus rien à manger avec la fourmi radine aussi pingre que sa voisine la mère Pichard ; de la grenouille qui voulait être aussi grosse qu'un bœuf et qui avait fini par péter comme son ballon de baudruche sur la cour de récré...
D'ailleurs, lui aussi savait inventer des histoires et il aimait la poésie, surtout quand elle était de lui. Un jour, son maitre l’avait surpris au milieu de ses rêveries. « Lucien, ce n’est pas en écrivant tes inepties que tu réussiras dans la vie » lui avait-il dit d’un ton plein de reproches. Ce jour-là, certes, le Lulu, il n'avait pas tout saisi, mais quand toute la classe avait ri, il avait su qu'on se moquait de lui ! Les mots, s'était-il, dit alors, ça ne fait pas de traces dessus la peau, juste quelques dessus bleus le cœur, mais on ne les voit que de l'intérieur ! Dehors qui devinera qu’il est idiot si lui Lulu n’en pipe pas mot !
Au début, c'est vrai, ça le faisait presque pleurer et quand son père le voyait renifler le cartable plein de contrariétés, il n'arrêtait pas de lui répéter : " Lulu, arrête de pleurnicher ! Mets donc tout ça dedans ta poche et pose ton mouchoir par-dessus ! N'y pense plus ! Pour sûr, il avait l'air de bien la connaître la chanson son père ! Il avait dû remplir ses poches et user des tonnes de mouchoirs !
Lulu ne rentra jamais dans les boites et garda ses cheveux en bataille, son éternel pantalon à carreau et l’art et la manière de boutonner dimanche avec lundi ! Au hasard des chemins, il fit la connaissance de Madame de Bournonville, une jeune institutrice. Elle vit en lui toute la richesse de son originalité, de son imaginaire et créativité et mis à jour tout son talent. Lulu excella alors dans l’art de jouer la comédie, d’interpréter différents personnages en les mettant en scène avec tellement de spontanéité, de conviction et de naturel, qu’il forçât l’admiration de tous. Il fit rire, il fit pleurer, mais ne laissa jamais indifférent Cette rencontre changea complètement le regard de ses camarades, de l’environnement, sur lui. Désormais accepté, lulu pu garder son allure d’as de pique et resté ce qu’il avait toujours été sans offusquer personne.
Que voulez-vous ! Il était lui, un point c’est tout et c’était là… Déjà beaucoup !
