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blog d'écriture Chloé Noura

Ecrire tout Z'azimut.:poésies, jeux de mots; textes, défis d'écriture; contes, contes musicaux,coups de cœur, humeur du jour, coups de gueule...

Jeudi poésie : L’intouchable ou l’enfance rattrapée

Publié le 9 Janvier 2013 par chloé in fragments d'étoiles: thème la différence

         Fragments d'étoiles

 

Texte sur le thème de la différence


Chloé

 

 

 


W_il_etait_une_fois.jpg

 

 

        Si seulement se disait Marion,  après avoir vu  l’intouchable,  ce film était sorti quelques décennies plus tôt,  le regard de l’environnement vis-à-vis des personnes dépendantes comme elle, aurait été sans doute différent ! Par chance,  au hasard des sentiers de traverses,  elle aussi comme Philippe avait eu son Driss quand elle était petite. Vingt cinq  ans s’étaient écoulées depuis mais elle se souvenait dans les moindres détails de ce jour de  décembre où  Vivaldi à son tour l’avait joliment emportée dans une mélopée guillerette digne des plus grands !  Cette symphonie magistrale,  teintée d’émotions, de sensations  différentes,  ne l’avait dès lors plus quittée  et s’était  à jamais imprimée  dans sa mémoire, dans son âme, au plus profond de son cœur ! Elle y repensait souvent à sa fée Clochette !


      Comment  du haut de ses six ans , privée de toute autonomie, sans accès aux mots, ne marchant pas, tricotant avec ses mains incapable de contrôler le moindre de ses gestes, aurait –elle pu, à elle seule, faire comprendre à son entourage,  qu’avant d’être un objet de soin, elle était une enfant ! Comment dans la solitude qui était la sienne, expliquer à Maria l’aide soignante ou à Margot la kinésithérapeute, qui tous les matins boulonnaient son corset  pour heureusement lui déboulonner le soir, qu’elles l’enfermaient encore d’avantage ! Comme toutes les fillettes de son âge,  elle voulait s’amuser, rouler bouler dans l’herbe verdoyante de la pelouse  fraîchement coupée, entendre les nonettes, le bruissement des feuilles, s’éblouir de soleil …

 

     La nuit, libérée de toutes contraintes, Marion  en rêve, rejoignait les étoiles et  volait  dans le molletonné des nuages qui,  comme sur un trampoline , s'amusaient à la faire rebondir.

 

    Au petit matin hélas,  elle retrouvait son quotidien. Le ciel avait alors  perdu tout son bleuté et ses yeux de  « minotte » restaient à nouveau rivés au sinistre plafond blanc, tristement  vierge et dénué de toute trace de vie et d’intérêt !

 

     Les souvenirs de ces instants lui revenaient  si vivement en mémoire que Marion se mit à gesticuler dans tout les sens, tant l’émotion était importante!  Reprenant le fil de ses pensées,  elle se remémora  alors ce fameux jour de décembre où soudainement tout avait changé pour elle.


 

 

    C’était à l’approche de Noël et comme chaque année le sapin  avait été garni de boules et de guirlandes, sûrement lumineuses,  mais celui-ci était si loin, qu’elle n’en perçut  que quelques brillances  très floues! L’ambiance était calfeutrée et la musique si peu perceptible,  qu’il lui fût également impossible d’identifier la moindre mélodie ! Le plafond quant à lui restait irrémédiablement désert.

 

    Quand clochette fit son apparition,  elle était  rayonnante et se dégageait de son sillage quelque chose de particulier, d’inhabituel qui sentait bon le patchouli ! Sa démarche était si légère qu’on aurait dit  qu’elle effleurait à peine le sol !

 

     Ce jour- là quand elle s’arrêta près d’elle pour lui dire bonjour, elle sut dès l’instant même où elle croisa son regard  que c’était bien sa fée !

 

     « Bonjour Marion  » lui avait- elle dit d’une voix douce,  s’adressant directement à elle après avoir salué un à un tous ses camarades. «  Je m’appelle Julie »  Elle lui avait alors caressé la main puis  était restée silencieuse comme si elle voulait lui donner le temps de la réponse.  L’attente, compte tenue de sa lenteur, de sa difficulté à emmagasiner toutes les informations tactiles, visuelles, sonores,  avait du être longue mais quand, après de multiples efforts , elle avait enfin réussi à soulever légèrement le tronc, à redresser quelque peu la  tête,   sa fée,  peu importait son nom,  était toujours là, aussi attentive. C’était bien la première fois que quelqu’un  l’attendait avec tant de patience au carrefour si compliqué des rencontres et Marion en fût toute émue.

 

 

     Les jours suivants,  Julie munie  de ses pinceaux repeignit l’horrible plafond,. Elle dessina un bel  arc-en- ciel aux couleurs flamboyantes  qu’elle entoura,  pour l’occasion, de grandes étoiles  fluorescentes. Avec les conseils et l’aide de Margot, qu’elle avait entraînée dans son sillon, elle fabriqua  plus tard ce qu’elle appela des ORNI (objets roulants non identifiés)  et les initia  aux joies de la glisse et  des sensations  fortes qui décoiffent !

 

 

    L’évocation de tous ces souvenirs ne la rendait  pas triste,  bien au contraire. Elle se surprit même à rire aux éclats en se remémorant les fois où elle  lui avait fait danser la lambada sur ses pieds, où elle avait fait du toboggan  avec elle, du ballon sauteur…

 


     Le temps certes avait passé, elle était devenue lourde, difficile à mouvoir, plus fatigable aussi mais ces précieux moments de l’enfance retrouvée au hasard d’un chemin, étaient  gravés dans la mémoire profonde de son être,  de  son corps tout entier, parce qu’elle les avait intensément vécus.  

 

      

 

 

 

 

 

                                                        

 

       

 

 

 

 



Commenter cet article

Mansfield 13/01/2013 10:30

Une très belle histoire où la souffrance se trouve atténuée par le rêve, et la vie s'arrange avec ses petites ruses...

chloé 22/01/2013 12:21



Il ne faut quelques fois pas grand chose pour colorer la vie! quelques touches de bonheur et un peu d'imagination! Merci à toi de ton passage.Chloé



Camille 12/01/2013 18:41

Merci d avoir écrit cela pour nous les laissés pour contre et surtout eux qui n'ont aucune aide
amicales pensees merci de ton passage
Camillou

chloé 22/01/2013 12:23



Merci à toi aussi Camille. Une belle sensibilité sur ton blog aussi et de jolis partages plein de tendresse.Merci à toi. Bisous.chloé



,leblogdhenri.over-blog.com 11/01/2013 12:17

Bonjour Chloé,

C'est émouvant et magnifique, combien doit tu en rencotrer pour lesquels tu dois être cette bonne fée Clochette. J'ai relu ton texte plusieurs foisc'est vraiment trés émouvant. Bises amicales.

Henri.

chloé 12/01/2013 12:12



Merci Henry je suis très touchée. Je crois surtout que chacun d'eux à été pour moi la fée clochette et m'a apporté beaucoup de magie, dans les yeux et dans le coeur. Une belle leçon de vie que
j'ai envie de partager. Bisous.Affectueusement.Chloé



jill bill 10/01/2013 20:51

Bonsoir Chloé ! Tu évolues dans ce milieu du handicap que tu côtoies où a côtoyé... Pas simple de "naître" pas comme les autres mômes; en possession de tous leurs moyens ! Oui touchante Marion et
bonne fée... Merci ! Bises de jill

chloé 10/01/2013 21:00



Merci de ton passage Jill. J'ai plein de fragments d'étoiles dans ma valise à partager et des petites perles d'humour très mimi et spontanées de ces mômes  à vous faire découvrir. je suis
très honorée de les avoir cotoyésL. Bisous. chloé



Mony 10/01/2013 19:49

Intensément touchant et troublant. Fée clochette je te soupçonne de l'avoir été et pour tous ces enfants je t'en remercie.

chloé 10/01/2013 20:37



Merci Mony! L'enfant ne peut se réduire à la simple expression de son handicap et pourtant c'est malheureusement le cas! Pour moi, quelque soit le dégré d'atteinte ou de déficience, ce sont avant
tout autre chose des enfants,  qui comme tout à chacun, ont besoin de vivre, de ressentir les choses pour s'épanouir et grandir! j'espère avoir été un tantinet soit peu pour chacun d'eux, la
fée clochette ou le clown qui savait les faire rire et sourire. passe une bonne soirée.chloé