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blog d'écriture Chloé Noura

Ecrire tout Z'azimut.:poésies, jeux de mots; textes, défis d'écriture; contes, contes musicaux,coups de cœur, humeur du jour, coups de gueule...

Jeux de l'été proposés par Emma" L'eperluette". Vers une autre destinée.Chloé

Publié le 13 Août 2012 par chloé in Essais d'écriture

 

Vers une autre destinée. Chloé

 

Guerre-2.jpg


Petite photographe évènementielle en province,  le hasard de la vie voulut que je rencontre Joé dans une galerie  d’art,  lors d’un voyage à Londres ! Bouleversée par les clichés saisissants et parfois même choquants, qui montraient les horreurs de la guerre, il du capter dans l’instant,  mon trouble en me voyant soudainement pâle et chancelante. Grand et raffiné tout en étant décontracté, les yeux d’un bleu profond empreints à la fois de malice, de douceur  et de compassion, il  me prit alors amicalement par l’épaule tout en m’invitant à m’asseoir un moment  «ça ne va pas mademoiselle"me lança t-il d’un ton visiblement préoccupé  ! Dès l’instant où il s’adressa à moi,  je sus comme une évidence,  que cet homme que je ne connaissais pas encore, aurait pour le restant de mes jours, une place essentielle dans ma vie !


Quelques mois plus tard, devenus inséparables, je quittai mon travail, ce qui ne m’affecta pas outre mesure et  nous nous installèrent dans un studio parisien.  Joé, correspondant de guerre, spécialisé dans les conflits les plus brûlants de la planète partait souvent en mission et je  dus sans y être vraiment préparée,  m’habituer à ses absences répétées et cohabiter au quotidien  avec la peur! En partageant sa vie, j’épousais en même temps une cause qui me dépassait  et risquait de me dévorer toute entière !


Chaque retour était un véritable bonheur et durant les trois semaines où nous étions ensemble, nous savourions avec une intensité absolue, chaque moment partagé,  chaque paysage, chaque étreinte et baiser…


Chaque départ était une souffrance qui me plongeait dans une  profonde détresse et solitude !

 

«  N’y va pas Joé, je t’en supplie n’y va pas «  lui répétais - je inlassablement,  l’inondant de tout mon amour pour tenter de le retenir, tout en sachant au fond de moi, que sa vie était à bas  et que rien ni personne ne pourrait changer cela !


Et Joé s’en allait, avançant à chaque fois les mêmes arguments.


«  Nous en avons déjà parlé cent fois Anna! Les récits et photos que nous faisons  témoignent de l’histoire ! Des gens sont torturés, se font tirer dessus, des enfants sont massacrés , les armes chimiques sont terrifiantes…  Comment pourrais-je vivre tranquillement aujourd’hui à tes côtés  en ayant vu tout cela ! Quelqu’un doit y aller pour être les témoins de ce qui se passe la bas  !


Il avait raison mais moi égoïstement je l’aimais et  ne voulais pas le perdre !


Plus le temps passait et plus ses absences devenaient longues, ses départs difficiles à supporter tant l’angoisse me rongeait ! Les moments de bonheur se faisaient eux aussi plus  furtifs et le visage de Joé, hanté sans doute par toutes ces images qu’il emmagasinait, se creusait à son tour.


« Finalement c’est en amoureuse que je te préfère me lança t-il un soir, sans doute las de me voir revenir éternellement sur ce même sujet. Comment peux tu vouloir  de ce  calme sans tempête à l’horizon,  qui nous noie d’ennui,  en sachant qu’il y tant de chose à faire de par le monde !


« Je t’aime et  J’ai peur, voila tout !


«Alors  contente toi de m’aimer, de me soutenir rajouta t-il,  le visage complètement  fermé,  j’en ai grandement besoin !  Cesse de te lamenter  sur ton sort ou alors  remue toi, nous manquons cruellement de Photographes !


Cette phrase me heurta si fort que le débat  fût clos ! Comment pouvait-il me demander cela et  vouloir ainsi, mettre en péril la vie de celle qu’il  disait aimer le plus au monde!

 

Après avoir couvert l’actualité successivement en Tunisie, en Egypte, au Yémen, au Soudan, Joé partit  cette fois pour la Lybie où  révolte et répression grondaient, annonçant  les prémices d’une guerre civile sanglante  à venir !

 

Bravoure, inconscience ou profond  amour pour cet homme que j’admirais plus que tout au monde,  je ne saurais dire ce qui m’amena quelque mois plus tard à partir à mon tour en Lybie. L’idée avait fait son chemin et bien que la peur en arrivant fût  omniprésente, elle prit  une toute autre forme !  J’étais à ces côtés et l’angoisse était moindre ! Ce jour là,  je compris avec certitude que j’avais fini  définitivement mon voyage en solitaire et que j’allais à présent poser mes bagages vers une tout autre destinée !


Au cours de cette première mission, Je fis la connaissance de Marie et  Thomas tous deux journalistes dans un grand quotidien New Yorkais  puis  d’Isa spécialisée dans les revues de guerre, qui comme moi était photographe. L’équipe était soudée et contrairement à ce que j’avais imaginée,  pleine de ressources, d’humour et de bonne humeur !


 Cette fois, plongée au cœur du chaos, de cette désolation qui s’affichait partout, la guerre n’avait plus rien pour moi de virtuelle et d’aseptisée. Tribus, armées et terroristes s’affrontaient au milieu de fatras de pierres et de ferraille, sous l’œil terrifié d’une population abasourdie,  qui prit en tenaille ne savait où se réfugier ! Au milieu de l’horreur, dotée de mon appareil photo, j’avançais au milieu du groupe comme une automate, mitraillant  à mon tour de clichés, les visage, les corps mutilés, l’expression de  ces pauvres gens perdus, de ces morts et  blessés, de ces enfants abandonnés de tous, devenant à mon tour le témoin et le porte parole d’une guerre qui n’était pas la mienne !


Les mois se succédaient entrecoupés de retours en France et nous étions plus proches que jamais !

Lors de l’une de nos expéditions, la presse devenant gênante, notre convoi fût la cible de tirs acharnés, tuant sur le coup le chauffeur et les deux interprètes qui nous accompagnaient ! Dans cet épais brouillard de poussière qui soudainement s’était levé, je n’entendis plus que le sifflement des  balles de kalachnikov se mélangeant à des bruits de pas et gémissements confus. Reprenant mes esprits, dans un décor surréaliste, je vis alors Marie gisant non loin de moi  au milieu d’un cratère immense. Caméra encore au poing, le visage enfoui dans le sable, elle gémissait faiblement, ce qui me fit dire qu’elle était toujours vivante.

"Et M… Dans quel pétrin nous nous sommes fourrés! » fût alors la seule phrase qui me vint à l’esprit »

Fort heureusement, avec l’aide de quelques initiés opposés au pouvoir, nous purent, non sans mal, regagner notre hôtel et  Marie dans un état critique fût dirigée vers l’hôpital le plus proche.

Regroupés sur la terrasse de l’hôtel, l’attente nous parut interminable ! Il était dix heures du matin et chacun comme il le pouvait tentait de passer le temps pour ne pas laisser place au doute et au désespoir !


Isa qui habituellement ne buvait ni vin ni café à cause de ses palpitations,  se servit un ballon de rouge et alla s’asseoir à même le sol contre la haie de rosiers rouges. Des gouttes de sang perlaient toujours au dos de son pull de coton blanc et ses larmes coulèrent enfin. «  Nous formons des ouvrières obstinées » lui avait dit Marie  juste avant de partir tout en  se mouchant bruyamment  pour masquer son émotion! «  Rien ne pourra jamais  nous arrêter, n’est- ce pas Isa  ? Puis elle lui avait fait  un clin d'oeil  et caméra sur le dos avait rejoint  le reste de l'équipe sur le péron! .


Thomas lui ne tenait pas en place et faisait les cent pas, fumant cigarettes sur cigarettes ! Lui et Marie travaillant pour le même journal, avaient fait tant de route ensemble!  


Joé, quant à lui, le regard lointain,  restait silencieux et me tenait la main. Marie l’avait toujours épaulé et la perspective qu’elle pouvait  subitement disparaître lui était intolérable !


A l’annonce de son décès, chacun s’efforça de  rester malgré tout digne comme elle l’aurait voulu mais personne ne chercha à dissimuler ses larmes !


« Comment ai-je pu t’entraîner là dedans », me murmura  Joé  alors  que  je me demandais au même moment, comment  moi j’avais pu vivre si longtemps en fermant les yeux !


 «  La guerre Joé  est un grand malheur, m’entendis-je alors lui répondre, et nous sommes là pour en témoigner ! C’est ce que Marie voulait et c’est aussi ce que je veux à présent ! Notre rencontre devant ces photos meurtries n’était pas un hasard et s’écrivait déjà notre histoire !


« Es tu folle Anna rétorqua t-il aussitôt, à la fois effrayé et attendri par ma détermination soudaine. La mort tu l’as vue, peut être à chaque coin de rue, dans chaque cliché que tu fais !


Non, je n'étais pourtant pas folle, si ce n’était peut être  folle dingue de lui! Jétais consciente du danger mais  ma place était désormais là, au milieu des gravas, de ces corps mutilés, de ces maisons calcinées, pour lutter avec lui contre l’oubli, l’ignorance ou  pire encore, contre l’accoutumance de ces guerres qui se banalisaient dans le monde ! Ma décision était prise et comme Joé j’eus la certitude que rien ne pourrait plus jamais me faire revenir en arrière !


De retour en France, Joé tenta de me dissuader mais du très vite se faire à l’idée de  m’avoir à ses côtés  pour le meilleurs et pour le pire !


Repartant en Lybie,  silencieux comme deux tombes, mes parents me regardèrent  une fois de plus m’en aller, sans tenter de me retenir,  ressentant sans doute à la fois leur impuissance à me faire changer d’avis et cette  douleur lancinante, cette angoisse dévorante,  qui m’avaient si souvent rongé l’âme et le corps !

 


                                                                                              Chloé

 

  Esperluette

Commenter cet article

M'amzelle Jeanne 18/08/2012 17:44

Un bel article ! Je suis bouleversée. J'ai repensé à Gilles Jacquier et sa compagne en le lisant, horrible métier et pourtant nous avons besoin de savoir jusqu'où les horribles guerres mènent les
pauvres gens de ces pays sous tension. Je regarderai différemment ces photos.. nous devenons quelquefois tellement indifférents !
Merci pour ce beau récit.
Jeanne

chloé 19/08/2012 00:02



Merci à toi aussi de ton passage et commentaire! Passe une bonne soirée. chloé



emma 14/08/2012 17:08

un bien beau récit, Chloé,sur un sujet terrible.
Ne souhaites tu pas qu'il figure avec les autres textes de la même série sur http://eperluette.over-blog.com où le jeu a été proposé ? (qui est différent de la communauté esperluette)

chloé 14/08/2012 19:24



Merci Emma! Je l'ai envoyé sur Esperluette où il apparait et non sur Eperluette! J'en perds mon latin! Comment faut il faire? Si tu peux éclairer mes pauvres  lanternes! Bisous. chloé



Mony 14/08/2012 15:30

Un metier bien dangereux que celui de reporter de guerre...
Ton texte donne à réfléchir sur toutes ces guerres qui fleurissent de part le monde parfois dans l'indifférence générale.

chloé 14/08/2012 21:03



Merci de ton passage Mony. Passe une bonne soiréeChloé



Mony 14/08/2012 15:21

Un métier combien dangereux que celui de reporter de guerre...
Une histoire qui fait réfléchir à tous ces conflits qui se banalisent de par le monde.

jill bill 14/08/2012 14:03

Bonjour chloé... avec les propositions chez Emma ! Correspondant de guerre... Pas facile pour ces deux-là ! Mais quand on aime.... Merci à toi !! jill

chloé 14/08/2012 21:31



Non pas facile comme boulot !J'ai eu l'occasion de lire pas mal d'articles et de voir quelques reportages sur Marie Colvin une journaliste américaine ! Le personnage me fascinait ! Elle avait
perdu un oeil au Sri Lanka au cours d'un reportage et elle arbhorait son bandeau noir pour que l'on n'oublie pas!  Elle  a été tuée en Syrie, il y a peu de temps!Plus près de nous il y
a eu Gilles Jacquier , journaliste d'envoyé spécial mort tout dernièrement aussi en Syrie sous les yeux de sa compagne ! Un grand homme également avec une belle philosophie de vie! Merci de ton
passage Jill . Chloé