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blog d'écriture Chloé Noura

Ecrire tout Z'azimut.:poésies, jeux de mots; textes, défis d'écriture; contes, contes musicaux,coups de cœur, humeur du jour, coups de gueule...

La dame de pique de Chloé

Publié le 6 Août 2016 par chloé in Défis d'écriture

La dame de pique de Chloé

Défi d’écriture proposé par Mil et une

 

Jusqu'au 13 août à midi,

 Nous vous proposons de participer à notre jeu d’écriture

 Autant de fois qu’il vous plaira

La seule contrainte étant

Que chaque titre contienne le nom d’une carte 

 

 

 

La dame de Pique

(Inspiré de la dame de pique de Pouchkine)

 

 

 

La nuit était déjà bien avancée, quand Simone de  Bertignac referma son livre- la dame de pique d’Alexandre Pouchkine-  regrettant presque de l’avoir si rapidement dévoré. « Bien joué Madame la comtesse   s’exclama t-elle tout haut. A bien mal acquis ne profite jamais !  Puis elle rajouta en s’esclaffant  « Quel benêt quand même cet Hermann, se donner tant de mal pour usurper la combinaison gagnante pour  au final  se méprendre en confondant l’as et la dame de pique ».

 

Le vieux Eugène dérangé dans son sommeil sursauta, bougonna quelque peu en jetant  un regard ensommeillé à sa femme puis habitué à ses extravagances replongea dans les doux  bras de Morphée,  sans se hasarder à lui poser la moindre question.

 

Dans l’obscurité totale de la nuit, Simone, fût hantée par des souvenirs lointains, qui lui revinrent  cruellement en mémoire et ne put trouver le sommeil. Elle aussi comme Anna Fedotovna, avait un jour  mis le doigt dans l’engrenage ! Emportée par cette frénésie diabolique  du gain, ce besoin compulsif de jouer et de jouer encore, elle  avait durant plusieurs années, côtoyer l’enfer. Peut être était elle prédestinée à cela !

 

Issue d’une famille bourgeoise,  elle avait longtemps vécu avec ses parents près  de Vincennes et  avait  alors baigné très tôt dans cette atmosphère exaltante et quelque peu enivrante du jeu.  Son père  passionné de courses de chevaux, sans être cependant un joueur invétéré, l’amenait régulièrement le dimanche à l’hippodrome, occasion pour elle d’être un peu seule avec ce père qu’elle voyait si peu en semaine.  Elle aimait ce lieu particulier,  fascinée déjà  par l’excitation qui y régnait, l’ambiance  festive et conviviale qui s’y dégageait.

 

Ses parents possédaient également une villa au bord de mer à Tourgeville à proximité de Deauville et y ils y venaient chaque été.  Deauville déjà réputée pour sa station balnéaire, son cadre exceptionnel, son casino, ses  hôtels,  était à l’époque le lieu de villégiature des gens aisés et s’y retrouvait en période estival  tout le  gratin parisien.

 

A la mort de ses parents, dans les années soixante, elle avait alors 27 ans, la propriété De Deauville lui était revenue. Simone avait ressenti alors un immense vide et dans  la tradition familiale  avait continué à  y venir chaque été,  retrouvant là ses souvenirs et son cercle de relations.

 

Le casino avait le vent en pourpre. Lieu branché et incontournable pour la jeunesse dorée, elle y retrouvait ses amis et l’ambiance si particulière et exaltante qu’elle aimait tant enfant. Dans ce décor fastueux où tout était conçu pour  que la clientèle  s’y installe dans la durée, Simone perdit rapidement pied. Elle connut tout d’abord, comme beaucoup,  l’ivresse des premiers gains  quand tout vous réussit puis s’en  suivies les premières pertes qui vous poussent à aller toujours plus loin pour se refaire jusqu’au jour où,  endettée, elle avait fini par sombrer dans le désespoir le plus  total. Qui sait, emportée  dans cette spirale infernale ce qu’elle serait devenue si elle n’avait pas alors rencontré dans ce moment crucial l’homme de sa vie, Eugène de Bertignac qui, à force d’ amour, de persévérance et de patience, l’avait aidé sans jamais défaillir, à s’en sortir.

 

Cela faisait 52 ans à présent qu’elle partageait la vie D’Eugène. Ils s’étaient mariés, avaient quitté définitivement les fastes de la vie mondaine pour  s’installer à Candes St martin sur les bords de la Loire, petit village paisible, au coeur de la Touraine. La villa de Deauville avait été vendue, ses dettes remboursées et  respectant la promesse faites à son mari, elle n’y retourna jamais.

 

Tout ça était bien loin d’elle aujourd’hui, même si de temps à autre, les  nuages du passé venaient encore quelque peu troubler son sommeil.

 

Au petit matin, refermant la parenthèse de cette nuit agitée, après avoir pris son petit déjeuner Simone rejoignit son mari, dans le jardin. Là encore, il ne lui posa pas de questions. Il le connaissait ce regard un peu  perdu et se contenta de lui sourire tout en la prenant tendrement  par le bras.

 

Retrouvant en un instant cette complicité qu’ils avaient toujours eue,  comme à leur habitude, ils se promenèrent longuement dans les allées du parc tout en conversant, s’extasiant devant chaque arbre, chaque fleur, chaque nouvelle bouture … La vie reprenait son cours dans cette quiétude qu’ils aimaient tant.

 

 

 

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